Grains de sable

A la pénombre de la somnolence, mes pensées s’évaporent et frémissent dans des tourbillons sans fin, à la recherche de l’absurde, je contemple ces visions: la Terre s’est formée il y a environs 4,5 milliards d’années, j’essaie d’absorber, sans même oser conceptualiser, cette trame de temps et le voyage est long. Il s’étire comme l’élastique dont le point de fracture serait perpétuellement extensible, dès 600 millions d’années apparaissent les premières algues rouges, embryons de la vie cellulaire, souche d’une lignée exponentielle, la diversification est en marche et le temps à l’oeuvre. Le temps. Une évolution quasi imperceptible mais profondément vivante, il suffit de se placer sous d’autres échelles d’observation. Et l’Homme, des poussières de millions d’années…finalement, nous sommes au balbutiement dans l’histoire des civilisations. J’aime nager dans ce décor, cela me donne des repères pour tenter d’y construire du sens et relativiser car tout semble s’aligner dans ce chaos. Je visualise et mon corps attend, au repos. Je suis dans la non-action et j’écoute ma respiration, je peux attendre comme ça pendant des heures et c’est un vrai moment de contentement, sans pianoter de sms, sans lire, sans rien faire…



Diplomatik

Revoir un ex-copain c’est vraiment sympa, et je l’ai accueilli chaleureusement sans aucune intention de séduction, nous avons beaucoup échangé dans ce café et c’était un moment vrai. Le lendemain, au débriefing habituel avec ma grande copine, je lui expose cette rencontre et elle me fait part de la jalousie qu’elle ressentirait si son copain revoyait une -ex, nous voici de nouveau replongées dans le débat ouvert sur le couple où la jalousie occupe une grande place. Le couple, tel qu’il est défini et vécu actuellement par la majorité ressemble encore trop à une prison dans laquelle l’individu perd une partie de sa liberté et doit soumettre ses initiatives à l’approbation de l’autre. Je ne suis pas d’accord, je n’adhère pas à ce shéma et ne veux pas de ce type de relation. Je trouve que le couple- fusion garant de la fidélité et de l’engagement est obsolète et j’ai l’intention d’établir une autre dynamique avec un partenaire ouvert sur cette perspective d’autonomie. Déjà, je me suis calmée, je ne suis plus en révolte contre tous ceux qui vivent dans l’asservissement conditionné sans savoir pourquoi ils vivent un shéma qui s’est imposé à eux, je crois que doucement j’abandonne l’idée de m’occuper des autres et me centre davantage sur mes besoins, voilà une dose de colère en moins. Le problème c’est que « les autres » émettent des avis et des jugements, ô combien c’est fatiguant! C’est productif quand cela s’ouvre sur une discussion où nous pouvons échanger nos questions, nos doutes et nos certitudes acquises mais cela devient limité quand il s’agit d’un jugement sur ce qu’on peut faire ou non, le débat devenant un amalgame de projections et autres peurs refoulées.

Lundi: retour au bureau. Il fait gris, les nuages forment des boules de coton, le temps passe. Je voudrais pouvoir éteindre mon cerveau comme on tourne l’interupteur dans un circuit. Je voudrais ne plus penser au monde dans lequel j’évolue, ne plus remettre en cause son agencement, ne plus être dans une optique d’émancipation qui me marginalise mais je ne peux pas rétrograder mon niveau de conscience acquis par l’expérience, alors perchée sur les cîmes je scrute des horizons lointains et m’applique à mettre en pratique certaines connaissances sur la nature humaine.



Humeurs bipolaires

1024396gf.jpgVoilà, je travaille et j’oeuvre à colorier ma journée d’une teinte aussi subtile que la Living Color de Philipps. C’est tellement difficile de ne pas se laisser étouffer par la routine quotidienne gravitant autour du travail et ses horaires définis. Sous le joug qui étrangle l’inspiration, je capte péniblement un élan d’émerveillement quand la lumière vespérale caresse la rousseur des feuilles d’Automne. C’est tout ce qu’il me reste, nue et démunie, petit automate du système, j’ai encore la capacité d’être émerveillée par des moments simples qui me permettent de dépasser le non-sens ambiant. C’est dans l’air du temps diront les prédicateurs de fin du monde. Une journée + une journée + (…) = vecteur de la réalisation de projets mais tout se coordonne avec une telle lenteur que faire preuve de patience est une vertu. Là, par exemple, je n’ai envie de rien faire, alors j’attends. C’est bientôt l’heure de rentrer. Les journées défilent…et le temps passe de plus en plus vite, nous sommes happés par un trou d’anti-matière, aspirés comme de la poussière d’étoiles, plus rien ne veut rien dire, c’est une cacophonie généralisée, et la télé crache toujours ces mêmes informations asceptisées et formatées qui n’intéressent personne, les parents sont fatigués, aigris et en colère, ils carburent au café-clopes, complètement asphyxiés par ce rythme de vie infernal qui ne nous laisse aucune possibilité, aucune alternative, la détermination de la société est criminelle, son but d’asservissement est sans limite, et broyés nous nous executons à faire du bruit, à nous agiter pour faire semblant d’exister. Le bilan est atterrant. Je garde ma joie-de-vivre, quel paradoxe peut-on penser, devant une telle ombre obscure, je garde le sourire mais je suis profondément inquiète. Nous sommes anesthésiés, plus rien ne nous fait réagir, et malgré la mise en réseau de nos moyens de communication, nous n’avons jamais été aussi seuls. Et les informations continuent de distiller leur venin de la peur pour contrôler les cerveaux, c’est une honte! Et on accepte l’inacceptable sans s’indigner. L’entrée dans le XXIème siècle est une mascarade. Mais je continue d’avoir l’espoir d’un jour nouveau.



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Le beau gosse

love.jpgElle doit être amoureuse mais elle a bien trop peur de se l’avouer, ce nouvel élan entraînerait un séisme dans la rigueur de sa routine. Elle le voit et son coeur s’emballe, l’influx d’adrénaline monte en puissance, le discours s’accélère, elle a du mal à le regarder dans les yeux. Ce petit moment de folie est un clin d’oeil dans la journée, hop par-ci par-là, ils s’interpellent et échangent quelques mots ordinaires pour détendre l’atmosphère sensuellement explosive qui se diffuse en leur présence. Elle est gênée. Je connais sa gêne, sa timidité, elle me raconte tout dans les moindres détails et je ne sais pas comment elle pense pouvoir concrétiser cet élan. Toujours délicat avec un collègue de bureau, moi je la mets en garde, c’est un terrain bien trop risqué mais je me demande combien de temps elle va pouvoir se contenir. Elle le veut c’est sûr. Seulement, elle ne connaît pas ses intentions à lui, si ça se trouve, il demeure complètement indifférent mais je ne crois pas, avec les éléments qu’elle m’a donnés, je peux en déduire que lui aussi a l’air de s’y intéresser à B. Voilà, les signaux hormonaux sont clairement définis, chacun émet une fréquence « je te veux » et ils se sont captés mais le terrain professionnel est un obstacle et du fait de leur poste respectif, ils n’ont pas trop l’occasion d’échanger. J’adore ce genre d’histoires, les amourettes professionnelles sont souvent la source de relations plus profondes et engagées, la moitité des couples s’étant rencontrée sur leur lieu de travail. Elle guette l’évolution tout en veillant à maîtriser ce chamboulement émotionnel quand elle lui parle, d’ailleurs elle me fait bien rire car elle perd ses moyens quand elle lui parle, elle a de la difficulté à faire des phrases structurées. D’un coup, elle papillonne et se met à dire tout et n’importe quoi, à balbutier des bribes légères et je ris de ce malaise. Cependant, j’admire sa patience contenue, elle laisse faire sans précipitation comme si elle se délectait de ce manège de séduction parfumé aux phéromones, alors que moi j’aurais déjà foncé pour essayer une approche. Elle attend peut-être que lui s’occupe de prendre des initiatives? Ce petit jeu de séduction est délectable, il fait palpiter le coeur, naissance d’une romance d’Hiver.



Ombres fictives

medicament.jpgMa vie est un échec cinglant devant lequel je me retrouve impuissante, bien trop lâche pour appréhender quelconque changement. Voilà, j’ai 37 ans et je me sens vide, pourtant en apparence, j’ai tout pour être « heureuse », je suis un petit produit de la société de consommation, un concept marketing occidental, une femme éteinte et frustrée qui a le sentiment permanent d’être passée à côté de tout et comme le hamster dans sa roue, je me lève chaque matin en programmation automatique avec l’angoisse d’une autre journée aussi monotone que toutes les précédentes. Aujourd’hui, il m’apparaît clairement que mon emploi, mon mari et j’ose même dire mes deux enfants ne relèvent pas de décisions mûrement réfléchies mais de possibilités présentes qui se sont comme imposées à moi, malgré moi et je voudrais tellement pouvoir appuyer sur la touche « stop » pour que ce scénario étouffant s’arrête enfin. Souvent, je consomme compulsivement des anxiolytiques pour éteindre les braises de ma conscience qui m’expose, nue, devant cette réalité insoutenable, je garde toujours une boîte dans mon sac car on ne sait jamais quand une crise de mal-être peut survenir. Pourtant j’ai tout bien fait comme on m’a dit, pour m’assurer cette sécurité matérielle qui inquiétait tant mes parents. Mes parents avaient peur de tout : du chômage, de la crise, de la violence, des autres, etc. et mon père ne parlait que du travail, avec sa fonction d’Inspecteur des Douanes, il ne jurait que par la récompense et le prestige que sa carrière lui offrait. A la maison, il y avait beaucoup de tensions, je crois que mes parents ne s’aimaient plus depuis longtemps mais restaient ensemble pour ne pas écorner la belle image de la famille heureuse et ma mère était bien trop attachée à son confort pour remettre quoi que ce soit en jeu, et on parlait peu entre nous donc l’argumentaire autour de ma famille disharmonieuse tient de l’observation. Le ton agressif, des regards méprisants et les réflexions désobligeantes, l’atmosphère était pesante et il me tarda de finir mes études pour quitter enfin ce climat délétère. Je ne me suis jamais vraiment amusée, je qualifierai mes parents de sévères et de rigides, trop préoccupés par ma réussite sociale, trop soucieux de leur image qu’il travaillait beaucoup afin de ne décevoir personne. Je ne sais pas si je dis cela avec dérision ou empathie. Il y a une certaine déception amère qui s’installe parfois quand je repense à mes parents car souvent je me dis qu’ils m’ont bridée trop jeune, coupant mes ambitions adolescentes qu’ils qualifiaient de folie douce et distillant le venin de la peur à travers tout mon système perceptif. Je me dois de trouver des coupables, je vous l’ai dit, je suis bien trop lâche pour accepter mes responsabilités. Pourtant, la rencontre avec mon mari reste un très beau souvenir, je croyais en une rencontre foudroyante, je cultivais des attentes bien précises sur le couple et à mesure que la réalité ne se superposait plus à mes fantasmes, je sombrai dans une désillusion assassine, comme trahie par la vie, mon amertume se cristallisait. Je crois que je suis tombée amoureuse sur le simple critère de l’attribut physique, il correspondait à mon homme idéal et à l’époque je ne faisais aucune différence entre compatibilité sexuelle qui s’inscrit dans la dimension de l’instinct et des émotions et la dimension affective qui nous renvoie devant l’acte d’aimer. Faudrait-il encore pouvoir définir l’Amour ? Le véritable amour demeure inconditionnel…

C’est l’amour de la vie, de soi-même, des autres, c’est l’amour comme état fondamental et non comme sentiment conditionné. Ma vie est devenue tellement banale que plus rien ne m’émerveille, j’ai la sensation d’être anesthésiée, noyée dans un flot d’informations permanent où les grandes lignes des journaux façonnent l’opinion publique, j’adhère aveuglément à des valeurs dont j’ignore l’histoire et la dynamique, je le fais tout simplement parce que c’est comme ça et j’étouffe le moindre questionnement pour éviter de me retrouver en face de moi et de faire le bilan. Cependant je n’ai pas honte, sauf peut-être de ma lâcheté mais je n’y pense pas et même si mon coeur crie et pleure dans certains moments de solitude, je refuse de laisser cette brèche ébranler ma forteresse de certitudes. Je suis comme des millions d’autres qui grouillent dans les métropoles tentaculaires, je me fonds dans un référentiel normé où seule l’approbation et le jugement des autres représentent ma récompense. Mais qu’est-ce qu’il m’arrive? Pourquoi moi? Je refuse d’identifier ce chamboulement intérieur qui engendrerait nécessairement un certain remaniement des cartes à jouer, je ne veux pas faire de vague, tant pis je préfère assumer mon mal-être en silence, porter ma croix digne de ma culpabilité intrinsèque à mon passage terrestre, attendre quoi! Attendre d’être sauvée? Mais personne ne viendra, j’ai bien compris que cela était un mythe mais cependant je m’accroche à l’espoir, l’espoir que peut-être quelque chose me sauvera, un jour. En attendant, je cultive mon irritabilité quotidienne entre des humeurs fluctuantes, je critique excessivement les autres et je me mets en colère après mon mari et mes enfants pour des petites choses futiles, sans raison en fait, c’est juste un support à ma colère refoulée, mais dans l’ensemble tout va bien, personne ne sait ce que je pense au plus profond car je n’en parle à personne et à qui en parler quand il vous semble que tout le monde autour de vous est dans cet état? Me mentir est devenue une telle habitude que je ne m’aperçois même plus que je mens, chaque jour je rêve de rentrer chez moi, de faire mes valises et partir mais pour aller où, je suis coincée dorénavant, engluée dans une vie qui n’est pas la mienne mais que je ne peux pas effacer, c’est trop tard, j’ai posé moi-même les barreaux de ma propre prison. Mais comment ai-je pu accepter ce pseudo-bonheur mièvre et tiède pendant toutes ces années? Je ne sais pas mais ce que je sais c’est qu’à présent, je veux que cela change et à défaut de pouvoir recommencer mon couple, ma famille et ma carrière, je vais apprendre à développer des centres d’intérêts qui me font plaisir. Le plaisir était un concept interdit chez mes parents, voire tabou, il insufflait l’idée de pêché donc on avait le droit de rire, mais en cachette. Alors le plaisir, la joie, la gourmandise, la sexualité, le bien-être, vous pensez bien que cela demeurait inconnu pour des individus sévères, coincés, déconnectés de leur grille sensorielle et compartimentés dans leur pensée analytique. Mais ce sont mes parents et je sais qu’ils ont fait ce qu’ils pensaient être juste pour moi à l’époque, je n’ai manqué de rien. Aujourd’hui, je recherche un peu plus de cohérence entre le monde extérieur et mon « moi intérieur », un peu plus d’harmonie mais si vous saviez combien j’ai peur. Peur de me tromper, de ne pas savoir comment faire, peur d’échouer. La peur est un fléau, elle s’immisce comme un cancer et gangrène toute spontanéité, elle pose un filtre opaque sur notre perception et nous impose ses limites réductrices, la peur c’est la mort de l’âme! Je suis intellectuelle, j’ai de nombreuses connaissances académiques qui me donnent des repères péremptoires sur le bon déroulement de l’existence, j’ai une morale indéfectible, un statut social irréprochable mais cependant, ma conscience sommeille. Contrairement à certains qui vibrent avec des engagements forts, je ne me ressens pas faire partie d’un tout, je me sens isolée, je ne me sens pas concernée par les grands problèmes de la Terre, à vrai dire je m’en fous même un peu car je n’y peux rien changer. Je demeure indifférente, c’est plus simple. Et les journées passent tellement vite qu’il me semble presque impossible d’entreprendre quelconque résolution, je suis comme aspirée par un trou noir où je remets toujours à plus tard ce que je devrais commencer aujourd’hui. Parce que je suis active et productive, je cherche un résultat concret et ne tolère pas le cheminement (trop long) pour arriver à ce résultat. Et toutes les méthodes possibles qui découlent du développement personnel (New Age, PNL, sophrologie, méditation, psycho-anthropologie, rebirth, massages…) me laissent suspicieuse, dubitative et je les assimile facilement à une mode fantasque de bobo bio ou parfois même de mouvement sectaire dangereux. Il faut dire que les charlatans sont nombreux et qu’il est parfois difficile de discerner le faux du vrai donc je préfère rester méfiante, c’est ma nature. Voilà, je veux bien changer mais je ne sais pas comment et par où commencer? (extrait purement fictif, toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existées est fortuit).



Fragments de Temps

31 Août -- 19 Octobre : Après deux semaines de repos, me revoici au travail depuis le 14 septembre où j’ai enfin obtenu la prolongation de mon contrat jusqu’à fin Décembre, après il faudra encore redéfinir mon statut. Quel bonheur que d’avoir un emploi à seulement 10 minutes de chez moi, ça vaut de l’or et j’entretiens une gratitude sans condition devant cette réalité qui façonne mon quotidien dans une gestion optimale des facteurs « stress ».  Retour au bureau, la structure de l’entreprise et ses codes bien définis, c’est un vrai laboratoire de personnalités, de culture sociale, de visions, d’attentes, un patchwork humain aux interactions permanentes! La bobine de temps s’écoule, chaque journée est un vecteur d’accomplissement et s’articule sur la vision d’un projet global. Les exigences sociales et le développement du potentiel individuel se synchronisent en un rythme régulier et véhiculent un bien-être profond, durable, solide….à suivre, mais j’ai l’intention de réécrire de temps à autre…pour concrétiser la trame.



Cache-cache

Voilà, je n’ai plus trop envie d’écrire en ce moment. Je reviendrai certainement quand j’aurai des sujets à développer. Bien sûr, il y a eu cette excellente nouvelle professionnelle qui s’inscrit dans la poursuite de mes objectifs, à savoir que mon contrat est prolongé jusqu’à la fin de l’année! Tout semble se mettre en place, lentement mais sûrement. Mon blog estival m’aura permis d’assouvir nombreux de mes soulèvements existentiels, pas à pas, je me construis. A bientôt.



Intersection

cafe20au20bureaugeir20halvorsen.jpgCa y est, j’ai rempli ma mission d’intérim jusqu’au 31 août et je suis sur un chemin aux multiples embranchements, l’avenir reste à définir, tout redevient possible de nouveau. Je vais prendre quelques jours pour réfléchir, affiner un projet ou en construire un nouveau. L’été passé dans cette grande société fut une expérience enrichissante, tant au niveau professionnel qu’humain, j’ai cotoyé un bouquet de personnalités singulières et attachantes et j’ai partagé une dynamique de travail si agréable que d’aller au bureau chaque matin ne ressemblait pas à une corvée, je ressentais une motivation pour cette routine que je ne me connaissais pas. Septembre arrive avec ses feuilles roussies qui craquèlent quand on les piétine, j’ai ramassé mon premier marron en souvenir, je collectionne toute une série d’objets loufoques qui symbolisent des moments appréciés, partagés et s’enfilent comme des perles sur le collier de la vie. La vie est faite de rebondissements permanents, encadrant les phases de latence, je sais que d’autres opportunités intéressantes vont se manifester, peut-être ici ou ailleurs, je suis disponible au changement. Je referme la page de cette expérience qui enrichit mon C.V avec tout le contentement possible, mission réussie, j’avance.



The road of life is rocky…

1227575932chemin.jpgJ’ai retrouvé un vieil ami et nous sommes allés dîner, je lui ai bien sûr demandé comment fonctionnait son couple après 15 ans, et il m’a dit comme elle, comme ce que j’observe, c’est beaucoup de travail! Ah là, les choses vont devenir compliquées, parce que qu’entend-on par « travail »? Travail au sens d’investissement, de patience, d’efforts, de communication ou travail comme compromis, abnégation, renoncement, privation? Sûrement un subtil mélange savamment dosé des deux formes de « travail ». C’est fou comme cette entité me paraît tel un objet non identifié, je reste là sans ne plus savoir quoi penser et ne me sens absolument pas prête à sauter vers cette rive rocheuse. Et le serai-je un jour? Seul le temps le dira, je ne souhaite pas m’enfermer avec des préceptes et me dire, au vue de mes appréhensions, que je n’y arriverai pas. Peut-être que si, mais je n’en suis juste pas capable maintenant. Peut-être je reste profondément entaillée de cette blessure qu’on appelle divorce et quand bien même il ressortait de ma décision, il a recouvert le mythe de son manteau d’amertume et de déception. Je n’ai pas pu, je n’ai pas su et j’ai bénéficié d’un puissant souffle de liberté quand je suis partie, comme libérée de mes chaînes qui me retenaient malheureuse dans une vie qui ne me ressemblait pas. Quelle joie que de reprendre mes marques, à Manhattan, après deux ans de conjugualité dans une banlieue grise de New York. Et pourtant je l’ai épousé avec toutes les attentes, enracinées et infaillibles, d’un amour solide, d’un futur possible. Vaillant pompier de New York, je louai ta prestance et ta bravoure, mais je maudissais secrètement notre quotidien si télégénique. 4 ans plus tard, la cicatrice rampe encore sous ma peau et déverse son venin acide de l’échec. La réparation et la restructuration sont longues, quand bien même j’en ressors grandie et battante, la plaie laisse toujours son sillon indélébile qui fait écho à la mémoire du temps. J’ai lancé mon alliance par le balcon comme un défi que je jetai aux vents du Sud, après un déménagement en Floride. Cet alliage en or s’est fondu dans le bitume noirci et s’est perdu, emportant mes espoirs juvéniles. Dorénavant, je devenais une femme indépendante. A mesure que les expériences me façonnaient, l’indépendance se transforma en une revendication plus radicale de mon sentiment de liberté, je ne souhaite plus d’entrave et maintiens le statut-quo jusqu’à l’épanouissement naturel, matûre, d’une alternative possible. Je suis écorchée mais à chaque griffure, une strate de lucidité s’imprime dans ma conscience, gracieusement un pétal s’ouvre. Et lui, mon ami, qui construit une famille, j’effleure cette image tant elle m’apparaît étrangère et je la dispose dans un écrin précieux, sans but, sans attente, dispose et ouverte aux cadeaux de la vie. Un jour, je serai prête, insolente de certitudes car enivrée du sentiment impertinent de l’amour, et je fusionnerai avec ce vecteur transcendant qu’on nomme procréation mais en attendant, j’accepte ma différence, mon extrême lenteur brûlant sur la verve de l’impatience, ces forces opposées si constructrices, je demeure avec ma seule compagnie que je chéris noblement. Quelle aventure que de s’occuper de soi! Mieux se connaître pour mieux (se) donner. Je suis l’alchimiste en herbe, je concocte ma potion de Merlin, avec force et confiance, et toujours éprise de la dynamique vitale…